La chronique de la semaine est assurée par Magali An B qui revient sur le phénomène monacal / grabataire porté par le film » Des hommes et des dieux ».
C’est parti pour un aller simple au pays du sonotone.
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Des hommes et des vieux
C’était un dimanche matin du mois de novembre et il pleuvait. Un bon dimanche pluvieux comme on ne les aime pas. Un ami tenait absolument à voir « Des hommes et des dieux » de Xavier Beauvois. Si j’allais me cultiver un peu pour changer ? Il y avait une séance à la première heure, histoire de ne pas perdre toute la journée sur le sujet. Une fois assise sur mon siège, j’ai eu un doute : un film sur la vie et l’assassinat d’une communauté de moines français en Algérie n’était peut-être pas la meilleure façon d’égayer mon dimanche.
Alors pour vous parler du film, plutôt beau d’ailleurs, un peu docu-fiction, un peu mélo ascétique, il se déroule tranquillement à un rythme de fonctionnaire. Le tout agrémenté de prières et de chants, on suit les tâches quotidiennes des moines, l’un soignant les villageois algériens qui vivent près du monastère, l’autre s’occupant des terres… Jusqu’à leur mort certaine. Sympa comme programme !
Bon et puis il y a les acteurs. D’accord, Lambert Wilson a un petit côté Père Fouettard. Mais l’immense Michael Lonsdale relève vraiment l’ensemble par son humour et son décalage. La scène du banquet final sur la musique du Lac des Cygnes, en un long plan-séquence sur leurs trognes fatiguées et un peu flapies, est d’une belle émotion. Pas de chichi, des vieux en plein dans les yeux. Sans artifice. Et ça fait du bien de les regarder en face, avec leurs rides et toute la vie qu’il y a dedans.
Ça m’a rappelé un peu mon grand-père, Joseph, ancien prof de lettres dans les hauts plateaux marocains dans les années 50, qui parle arabe, est très croyant et érudit. Le film a été tourné là-bas, dans ce coin du Maroc.
Certaines critiques préconisaient d’aller voir le film pour y faire une sieste réparatrice. Tsss. Les mauvaises langues. J’aurai certainement écrasé plus d’un bâillement si ce qui se passait dans la salle ne m’avait pas tenue éveillée tout du long. Les vieux n’étaient pas seulement sur la toile mais aussi bien avec nous, sur les sièges. Une vraie réunion du troisième et du quatrième âge. Une flopée de mamies et de papis qui sentaient un peu trop le parfum.
Mon pote et moi, autant dire qu’on était en minorité. Et aux premières loges. On a assisté à des opérations commandos WC en plein milieu du film. Du bruitage en stéréo: toussotements et reniflements en tout genre. Et même un « running gag » esprit humour anglais. Devant nous, un téléphone a sonné bruyamment de sa sonnerie old school SFR, le genre de sonnerie mise par défaut, quand on ne sait pas comment la changer. Sans arrêt pendant une bonne demi-heure. Et à chaque fois, au lieu de l’éteindre ou de répondre, la propriétaire dudit portable saisissait son sac et cherchait à l’enfouir sous son manteau pour en étouffer le son. Après avoir observé cette drôle de pratique, j’ai fini par conclure qu’elle ne devait pas savoir comment passer son téléphone en mode silencieux.
Et enfin une grande scène d’action : dans le noir, une vieille femme s’est brusquement levée de son siège et s’est mise à monter les marches pour chercher une autre place, répondant à l’appel de Jésus « Lève-toi et marche ! ». Elle n’y est pas arrivée, a manqué de s’écrouler plusieurs fois et s’est écriée: « Je suis handicapée, je n’arrive pas à monter toute seule! ». Mon ami a dû se précipiter en héros pour secourir la dame en détresse et la porter jusqu’à un siège vacant. Éprouvant comme expérience.
La lumière se rallume. Dieu soit loué c’est fini! Et à la sortie : Paris, gris, pluie, novembre.
Bilan? La prochaine fois, on ira voir un film en dernière séance dans un cinéma multiplex bien clinquant avec quatorze salles, des escalators high-tech et des éclairages en néons violets. On choisira un dessin animé. Voire une comédie française avec des acteurs comiques, du genre qui passent à la télé le samedi soir. Un public qui rit grassement. Et une double ration de pop corn.
La culture, ça a ses limites.
Le blog de Magali An B ICI















Remi (13 décembre 2010) :
Certes nous n avons pas forcement acces a ce genre de bons films outremanche ou les cinemas preferent nous accueillir avec des block busters. Donc je salue le cinema francais pour ses films de genre, ses films particuliers qui reveillent des sentiments plutot que d’agiter quelques images fluorescentes et sans lendemain
margounnette (13 décembre 2010) :
Des hommes et la plume de Magali!
Alex (14 décembre 2010) :
Ton texte me fait rire Mag, quel programme pour dimanche prochain??
Eudoxie (14 décembre 2010) :
Je n’ai jamais réussi à décider Rominou d’aller le voir. Je suis frustrée de ne toujours pas avoir vu ce film. Sinon tu as Raiponce, après des gros bémols de scénarios… enfin ceux qui aiment Shrek et son horrible faciès vert devraient être servis. c’est le même genre. Merci pour ton article chérie chérie, quand j’irai le voir, j’essaierai de ne pas faire de virée nocturne dans les escaliers.
Cecile Sayuri (14 décembre 2010) :
Enfin je lis ton article! Si certains ne méritent pas d’écrire, toi tu es une plume intelligente, percutante, poétique et drôle…
Marinette (19 décembre 2010) :
Très drôle !!!
Je l’ai vécu moi aussi : pas d’appel à l’aide dans les escaliers mais des ronflements très très sonores, et la sonnerie de portable old school qui va bien.