Après une quinzaine placée sous le signe des paillettes et du glamour, c’est la fin du Festival de Cannes.
Mais le Festival de Cannes vu de l’intérieur, c’est comment ? Michael du blog Fun Culture & Pop y a participé plusieurs fois et nous propose une immersion façon « Inside Cannes » !
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Pourquoi Cannes n’est pas glamour…
Lorsque j’étais adolescent, le Festival de Cannes me faisait rêver. Comme beaucoup, j’imagine. C’est normal. Le strass. Les paillettes. Les stars. Les films. Les tonnes de films. Le monde entier qui débarque- en particulier Hollywood. Éventuellement, les fêtes. Tout ça est fait pour vous en mettre plein les mirettes, vous éblouir, vous faire fantasmer. Comme on dit, c’est « la magie de Cannes ». Vous imaginez, donc, que mes yeux étaient grand ouverts pour mon premier Festival. C’était en 2005. L’année de « Star Wars Episode 3″.
Mais cette année là, j’ai assez vite déchanté. Cette année là, beaucoup de fantasmes se sont évanouis, dispersés dans la baie de Cannes comme les cendres d’un macchabée venant d’être incinéré. Quant à mes deuxièmes et troisièmes tentatives, elles n’ont rien arrangées. Elles n’ont fait que confirmer une chose : Cannes, pendant le Festival, n’est pas glamour. C’est tout l’inverse. En y repensant, je crois même que les situations les plus glauques que j’ai vécu dans ma vie, c’est là que je les ai vécues.
Et voici pourquoi…
LES ACCRÉDITATIONS
A priori, quand on pense au Festival de Cannes, on pense aux films. C’est quand même la base. J’espère. Donc, pour en profiter un minimum, mieux vaut avoir une accréditation. Et si vous ne le saviez pas déjà, elles sont réservées – contrairement à de nombreux autres festivals du monde – aux professionnels du cinéma, producteurs, distributeurs, journalistes, « publicitaires » du cinéma, exploitants et tout un tas d’autres métiers liés au 7e Art. (Il existe des badges pour les « cinéphiles » mais n’imaginez pas avec ça rentrer quelque part !) Pour obtenir le sésame qui vous permettra de rentrer dans les projections, il faut donc prouver à coup de documents officiels que vous n’êtes pas une arnaque – même si certains passent les mailles du filet ! Mais là encore, il y a une petite subtilité qui peut tout changer. Tout le monde n’a pas le même type d’accréditation. Comme dans la jungle, il y a les puissants et les faibles. Selon un barème complexe, il y a ceux qui, en haut de la chaîne alimentaire, accèdent à tout, sont prioritaires partout et donc rentrent partout, tout le temps (producteurs, distributeurs, gros médias…) et les autres, ceux qui sont moins prioritaires, n’ont pas accès à tout et doivent donc lutter. Et parfois, cette lutte pour sa survie cinéphile n’est pas jolie à voir. Pas jolie du tout. Le harcèlement est ainsi un moyen particulièrement prisé du festivalier en bas de la chaîne alimentaire cannoise pour se procurer des cartons d’accès aux projections les plus prestigieuses.
LES FILMS
Mais imaginez que vous réussissiez. Dix minutes avant le début de la projection, vous récupérez un carton pour voir le film dont tout le monde parle depuis plusieurs jours avec une impatience un peu trop suspecte pour être sincère. Vous avez alors de très grandes chances de vous retrouver devant un film que vous ne serez jamais allé voir en temps normal. Un truc qui pourrait ressembler à un drame thaïlandais de 3h30 en noir et blanc sur la crise existentielle d’un psychanalyste homosexuel en proie à sa condition face à la religion, à la société et à la corruption de son pays (NDLR : Ce film n’existe pas pour de vrai, soyons bien clair). Parce que, oui, on vous montre à la télé les ultra-sexy-glamour Brad Pitt, George Clooney et Nicole Kidman montant les marches pour un blockbuster attendu par tous. Oui. Mais tous ces films qui font l’évènement médiatique (« Robin des Bois », « Wall Street 2″ pour citer ceux de cette année) ne sont qu’une poignée. A peine se comptent-ils sur les doigts d’une seule main. La très grande majorité des films que vous verrez à Cannes sont en effet chiants comme les pieds – ce que personne ne vous dira vraiment. Au contraire, il sera très fréquent de croiser des dizaines de personnes vous clamant haut et fort à quel point ce film thaïlandais de 3h30 en noir et blanc était un chef d’œuvre alors que vous les avez très bien vus – quelques rangs devant vous – pioncer et/ou cuver le vin de la veille. Car, c’et un fait : dès le troisième jour du Festival, les salles de projection du Festival de Cannes deviennent le plus grand dortoir de jour du monde.
LES FÊTES
Dortoir le jour. Orgie la nuit. A la nuit tombée, tout le monde le sait désormais, Cannes se transforme en gigantesque orgie de champagne, de petits fours, de blondes siliconées à jupes ras-le-mariage, de musique « de danse » putassière que même votre petite sœur de 13 n’écoute plus dans ses boums, et… de vomi. Car oui, le Festivalier – c’est moins connu – boit énormément mais ne mange pas beaucoup. Alors si les somptueuses villas et plages qui accueillent la majorité des fêtes cannoises peuvent apparaître au premier abord comme le comble du luxe et du glamour, il n’en reste pas moins que la soirée se termine (presque) toujours dans une mare de vomi. Trop de fatigue. Trop d’alcool. Et tout d’un coup, vous avez beau être entourés de gens « célèbres », vous aimeriez juste être couché, dans des draps propres, à regarder la « Nouvelle Star ». Mais non. Vous êtes coincé à attendre une navette pour vous ramener chez vous entre un acteur de télé raté qui vous raconte, l’haleine moisie, son nombre de conquêtes du soir et une starlette de série B partie très loin au pays des Bisounours.
LE TRAVAIL
Vous êtes d’autant plus dégouté de rentrer à 5h du matin dans ces conditions déplorables au lieu d’être allé tranquillement au dodo à 22h que vous savez une chose imparable. Le truc qui vous a trotté dans la tête toute la soirée : il faut aller bosser le lendemain. Car, effectivement, comme je le précisais un peu plus haut, Cannes est surtout réservé aux professionnels. La grande majorité des accrédités est donc là (avant tout) pour travailler. Qu’est-ce que vous croyez ? Que les gens vont à Cannes pour les vacances ? Pff. Ce serait trop beau (ou pas). La plupart des gens que vous croiserez à Cannes (amis ou pas) n’auront alors pas grand temps à vous accorder. Donc, Cannes, pour le festivalier moyen se résume souvent à des rendez-vous sur un bout de table autour d’un coca à 15€, des allers-retours au pas de course sur 2 km de Croisette, de mails restés vains, de coups de fil d’annulation au dernier moment et de grands moments de solitude. Et quand vient enfin le soir et les fêtes, ce n’est pas vos meilleurs amis que vous retrouvez sur la piste de danse mais vos collègues, dans le meilleur des cas, votre patron et vos clients, dans le pire.
Allez, à l’année prochaine…
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CamilleM (24 mai 2010) :
Merci pour ce post, vraiment.
Je suis entièrement d’accord.
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